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MAMIE DANS LE BAC À SABLE

Compte-rendu du 35e MDS par Christine TAIEB (FRA)

Déjà deux mois que je suis revenue du 35e MARATHON DES SABLES, le trophée Master F4 remplaçant le lyophilisé volatilisé dans mon sac-à-dos. Ce podium n’est ni le fruit du hasard, ni une fin en soi. Il représente une monumentale étape de vie sportive, mais pas seulement. Je l’ai mûri depuis des années jusqu’à m’inscrire dès mars 2019 pour ne pas rater l’échéance de mes 70 ans !

Le paradoxe ? Ce n’est pas « malgré » mes 70 printemps mais « grâce » à ce statut de septuagénaire que j’ai vécu cette semaine avec confiance, par une parfaite connaissance de mes forces et faiblesses.

Ma recette de grand-mère : mélanger mes atouts dans mon plan d’entrainement. Mettre de côté l’atrophie musculaire galopante malgré les heures de burpees avec mon merveilleux coach.  Ajouter une grosse dose d’humour et d’humilité. Et avec détermination, intégrer dans le désordre :

La danse pratiquée dès 4 ans, qui forge le goût de l’effort, de la régularité, des exigences et du respect du corps.

La discrétion autour de mon projet, nécessaire à mon introspection, dont le maintien d’une vie sociale très active malgré les entraînements.

L’intelligence de course en jonglant de CP en CP, entre rester dans ma zone de confort pour ne jamais être dans le rouge, et garder l’œil sur les barrières horaires.

La solidarité avec mon amie Valérie qui ne m’a jamais quittée, moi-même donnant souvent le rythme en mode robot, elle étant mes yeux et mon guide face au balisage que je voyais mal et veillant l'une pour l'autre, sur notre bonne forme.

L’acceptation sans pudeur des aléas liés aux problèmes gastriques avec l’astreinte d’une alimentation suffisante malgré le dégoût, pour ne pas perdre trop de nutriments.

La forme d’urgence à concrétiser un rêve avant qu’il ne soit plus atteignable devant des échéances du temps qui passe.

La bonne connaissance du désert que je parcours depuis près 50 ans. Grâce aux kilomètres parcourus avec les Touaregs, j’ai apprivoisé la chaleur et gère avec délice l’inconfort d’un bivouac.

L’anticipation de mes gestes à chaque CP et la bonne organisation de mon sac pour m’éviter de perdre du temps, que ma lenteur de marcheuse ne m’autorise pas.

La complicité sous la tente 43, constituée dès avant l’épreuve, qui m’a chaleureusement soutenue. Merci à tous : Valérie A., Valérie L., Lucie, Fabienne, Sophie, Marcel et Guy dit « maître Guy » !

La régularité dans la gestion de l’eau face au risque de déshydratation. J’ai maintenu ma pipette flexible coincée en bouche en perfusion buccale et absorbé mes pastilles au rythme d’un métronome.

L’acceptation du ridicule, devant le seul moment qui m’a mise en difficulté car il m’a surprise. Dommage qu’aucun photographe n’ait immortalisé ma montée à quatre pattes de la langue de sable du Djebel EL-OTFAL, ni sa deuxième remontée après que j’aie dû redescendre pour récupérer l’un de mes bâtons lâché dans l’effort. Les gentils bénévoles qui m’attendaient en haut de la corde doivent se souvenir de « mamie à la montagne ». J’en ris encore !

La capacité à ne pas être ébranlée, sur le moment, par l’hécatombe des abandons pendant l’épreuve, dont je n’ai pris la mesure qu’à son terme.

La moralité de l’histoire est un autre paradoxe.

Celui de me sentir minuscule comme un grain de sable dans l’immensité du désert, et pourtant invincible à chaque pas menant vers l’arrivée, grâce à une préparation efficace. Je pense avoir coché toutes les cases d’une bonne préparation physique et mentale, à l’image d’une bonne élève qui ne fait aucune impasse sur les sujets possibles à l’examen.

Cette confiance qui ne m’a pas quittée m’a permis d’apprécier chaque moment, chaque encouragement du fantastique staff et chaque mot de bienveillance de certains participants. Une mention spéciale pour l’accueil des dernières de la longue, dont je n’avais jamais entendu parler. Cette ignorance m’a permis d’en prendre plein le cœur pour toujours !

Christine TAIEB 35e MDS

Arriver à Paris sans ampoule ni blessure est la récompense de ma modestie face à mes capacités.

Cette vertigineuse expérience n'est pas un terme. Elle me conforte dans la façon dont je vais continuer de nourrir la liste de mes envies, et pourra peut-être inspirer d’autres rêveuses !

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